Depuis le début, notre master affiche sa double vocation.
La première, immédiatement saisissable, est celle de former des techniciens de la e-formation. Des personnes aux compétences directement mobilisables pour la réalisation de projets e.learning, depuis la création de modules en ligne à l’ingénierie des dispositifs. Des professionnels aux orientations diverses, en fonction également de leur formation antérieure (depuis l’informatique et le multimédia aux sciences de l’éducation).
La deuxième, et ceci en se différenciant de toutes formations, écoles et instituts adossés à des éditeurs ou producteurs privés de solutions e-learning, en assumant la vocation première de l’Université : ne pas produire de l’instruction sans l’accompagner d’intelligence critique !
C’est ainsi que les modules techniques sont complétés par des modules plus génériques, histoire de « penser » les environnements sociaux, juridiques, économiques et technologiques d’application. Histoire également d’éviter d’être piégé par le « crétin learning », ce fruit empoisonné des discours marketing, des fantasmes managériaux, de l’urgence économique et ou tout simplement de l’ignorance sur le sujet, dont font encore preuve la majorité des responsables des ressources humaines et des responsables de formation.
Or, notre constat en continu depuis des années est que ces éléments de perturbation cognitive produisent comme résultats systématiques une énorme perte de temps et d’argent, quand il ne s’agit pas également de « catastrophes » organisationnelles (par exemple quand on arrive à se mettre à dos une catégorie de salariés avec des projets e.learning investis par la lorgnette « économie d’échelle » sans penser le dispositif dans sa complexité environnementale et sa dimension humaine).
L’arrivée de nouveaux venus dans
un territoire artificiellement embelli par les vendeurs de solutions
e-learning n’arrange pas les choses.
Les produits support, depuis les
plate-formes de formation aux produits du rapid e-learning, sont
effectivement de plus en plus accessibles sans formation informatique
particulière, de plus en plus ergonomiques, à la prise
en main rapide ! Ils jouent aujourd’hui parfaitement bien leur rôle
de miroir aux alouettes, d’alléchantes sirènes
hypnotisant le prospect (cet ancrage du désir par le visuel,
par l’outil, par la quincaillerie, semble être une
caractéristique humaine générale de
l’être-de-pulsion, cette partie de nous-mêmes que le
commerce vise depuis ses origines !).
La naïveté affichée
(et parfaitement inconsciente ou, pour mieux dire, parfaitement
ignorante) par beaucoup de visiteurs néophytes, naïveté
que nous avons constatée lors des dernières expos et
forum « e-learning » en fait des parfaites
victimes du marché, actuellement en phase de développement
rapide, du e.learning.
Même si, culture d’acheteur des
responsables de formation aidant, le fait de tirer sur les prix, de
réduire les jours de production, de se montrer ferme dans la
négociation sur un devis, leur fera croire de maitriser la
situation (sic) !
Les discours minables actuels sur le e-learning pour sortir de la crise, en gros « Former plus pour gagner plus (en dépensant moins) » à gros renfort de slogans fous, nous dépriment (resic) !
Que faire quand, dans une société que Bernard Stiegler, philosophe de la technique et président d’Ars Industrialis définit comme « le règne de la bêtise » l’on veut conserver son honnêteté intellectuelle, tout en voulant être utile à l’entreprise, à son inévitable et nécessaire mutation, pour accompagner le changement, pour aider les décideurs de façon concrète ?
Que faire, quand on propose un master comme le notre, avec ses résonances techniques dès l’intitulé, peu alléchant à priori pour les responsables des ressources humaines et responsables de formation, disposant d’une tendance naturelle à déléguer « ces choses là », la e-formation, vue comme une spécificité technologique de la formation et non pas pour ce qu’elle est en dynamique, une fois entrée en entreprise; à savoir, un lieu paradigmatique des changements organisationnels liés aux processus de production et gestion des savoirs formels et informels.
Plus spécifiquement : quel est, dans ce contexte, notre DEVOIR ?
Oui ! Nous osons ici introduire cette
notion désuète de devoir, dans un monde où seuls
les droits (SES propres droits, bien sûr) semblent avoir... droit de cité dans
les médias, accompagnés de leurs « confrères »
: les revendications, les besoins, les désirs, les plaisirs
et tout autre concept servant le déploiement triomphant de
l’ego autocentré, flatté à loisir par les impératifs de vente du marché mondialisé.
Quel est notre devoir, ici à
l’université de Rennes 1, dans le cadre de nos compétences
spécifiques, de notre enseignement spécifique ?
A bien y réfléchir, la réponse apparaît d’elle-même et elle est déjà inscrite dans l’histoire du master, dans son intentionnalité.
Nous avons un devoir éducatif
!!! Celui que l’on a depuis la création de l’université
et que la mort de la culture classique semble avoir relégué
aux oubliettes.
Pour ce faire, nous avons décidé, à partir de la rentrée prochaine,
de proposer aux responsables de formation et aux responsables des
ressources humaines des parcours spécifiques de
sensibilisation aux enjeux et au suivi des dispositifs de
e-formation. Des parcours à partir d’un certain nombre de
modules que nous proposons déjà, enrichis d’un cadrage
spécifique métier.
Pour que le « crétin learning » n’ait pas notre peau, ni celle des responsables de formation et responsables des ressources humaines.
Bientôt le détail ici. A suivre...
Adrien Ferro