Si dans l’imagerie populaire, l’homme de la Préhistoire est associé au silex, cette représentation apparaît comme particulièrement réductrice à la lumière des travaux récents. A la diversité des conditions géologiques répondent autant d’adaptations des méthodes de production des outillages en pierre. Sur les massifs cristallins, l’absence de rognons de silex en position primaire a conduit les hommes à transformer leurs systèmes techniques, mais dans des directions très diverses. La multitude de paramètres en jeu dans ces orientations n’a pas grand-chose à voir avec la notion simpliste de déterminisme géologique. A certaines époques, des groupes ont privilégié les roches siliceuses locales, au prix parfois d’une métamorphose de leurs outils et de leurs techniques. D’autres ont abandonné leurs outils traditionnels, dont la fabrication fut jugée trop malaisée, pour en développer de nouveaux adaptés aux structures mécaniques des roches. Des sociétés ont établi des réseaux efficaces d’importation à longues distances, qui leur ont permis de maintenir un outillage suivant les normes techniques alors en vigueur. Tous ces choix culturels permettent aujourd’hui de caractériser ces sociétés du passé non plus seulement par le style de leurs outils ou par leur technique, mais plus largement par leur comportement économique.

 

Les formes d’exploitation des ressources minérales sont elles aussi variables suivant les périodes, les besoins des populations ou l’organisation économique et sociale. Au Paléolithique, la mobilité des groupes sur le territoire devait prendre en compte l’absence ou la rareté des roches siliceuses. Au Néolithique, certaines communautés humaines ont su faire fructifier le patrimoine géologique local pour assurer une exportation massive de leurs produits. Les occupants des bassins sédimentaires ont ainsi développé des minières et des ateliers de silex permettant d’approvisionner les zones dépourvues de cette matière. A l’inverse, haches en roches métamorphiques ou bracelets de schiste étaient produits sur les massifs cristallins et largement diffusés au-delà. C’est donc le système formé par ces zones géologiques voisines et distinctes qui constitue un champ de recherche scientifique original et novateur, à la croisée des disciplines (pétrographie, mécanique, technologie lithique).

 

L’objectif du colloque international RSP-RENNES-2010 est d’analyser ce différentiel géologique, qui conditionne certains choix culturels et économiques des hommes, du Paléolithique à l’âge du Fer. La dimension diachronique apparaît comme la seule à même de mettre en valeur l’originalité des choix techniques de chaque société. Le colloque prend comme champ d’étude le Nord-Ouest de la France (Massif armoricain et Massif central versus Bassin parisien, seuil du Poitou et Bassin aquitain). Mais une telle réflexion impose un cadre élargi aux zones de l’Europe connaissant de semblables conditions géologiques, tour à tour facteurs de contrainte et de richesse, en particulier toute ces zones où les hommes de la Préhistoire ont taillé sans silex. Des chercheurs européens seront donc sollicités pour présenter des situations éclairant le thème du colloque ou des méthodes d’analyse innovantes. Les actes du colloque international RSP-RENNES-2010 auront vocation de manuel présentant toute la variété des roches taillées à la Préhistoire dans le nord-ouest de la France pour l’obtention d’outils ou de parure, les réseaux d’acquisition, les méthodes de débitage employées et les circuits de diffusion.

 

Thème 1. Produire sur des matériaux des bassins sédimentaires

Thème 2. Produire sur des matériaux des massifs cristallins

Thème 3. Roches et sociétés.